Régulièrement, nous voyons arriver dans nos cabinets des chasseurs dépités : "Docteur, vous ne pouvez rien faire ? Elle marche super à la chasse et elle est en chaleur, je ne peux plus l'emmener. Ça dure combien de temps ?".
Une chienne en chaleur, non seulement attire tous les chiens mâles censés chasser avec elle, mais en plus, elle travaille généralement moins bien. En étant un peu plus prévoyant, cet inconvénient pourrait être évité.
Les chaleurs de la chienne sont caractérisées par des écoulements vulvaires sanguinolents. Pendant cette période, la femelle attire les mâles. La première partie des chaleurs, appelée "pro-oestrus", varie de quelques jours à trois semaines ; la chienne n'accepte pas le mâle, les écoulements vulvaires sont très colorés.
Puis, c'est la phase d'oestrus : le comportement de la chienne se modifie, elle accepte le mâle et les écoulements sont de moins en moins teintés de sang. Cette période dure de quelques heures à plus d'une semaine.
La période suivante est appelée métoestrus et dure environ deux mois. Celle se caractérise par la sécrétion de progestérone qu'il y ait eu ou non saillie. Cette sécrétion est à l'origine de ce que l'on appelle "les grossesses nerveuses". Il y a ensuite une période de repos sexuel aussi appelée "anoestrus" qui dure au minimum deux à trois mois et en général six mois. Il faut noter que, chez la chienne, contairement à de nombreuses espèces, l'apparition des chaleurs est liée à l'augmentation ou à la diminution de la durée du jour. Il n'y a jamais d'arrêt de la fonction sexuelle chez la chienne. Cependant, plus la chienne est âgée, plus cette période d'anoestrus a tendance à s'allonger.

Interrompre les chaleurs
Pour revenir à notre chasseur, il est possible d'interrompre les chaleurs de sa chienne en lui administrant par voie orale des hormones, une fois par jour pendant dix jours. Cette prescription doit impérativement intervenir dans les deux à trois premiers jours du proestrus : en effectuant des frottis vaginaux, on peut préciser à quelle période des chaleurs en est la chienne, mais il reste impossible d'affirmer que la chienne en est dans ses trois premiers jours de pro-oestrus. Une intervention trop tardive se traduit en général par une infection utérine nécessitant une intervention chirurgicale.
Le même traitement effectué par injection présente ce même risque d'infection utérine et ce, quel que soit le moment du cycle.
Il convient donc d'être plus prévoyant et d'agir avant l'apparition des chaleurs. En effet, le vétérinaire dispose de
molécules fiables permettant un report des chaleurs. La voie orale peut être utilisée mais pour éviter ces infections utérines, il faut préférer les injections. Votre vétérinaire pourra vous proposer d'effectuer un frottis vaginal qui lui permettra de vérifier que votre chienne est en phase d'anoestrus et ainsi de limiter les risques cités plus haut. Les autres inconvénients de ces injections sont une possible réaction locale douloureuse et une réapparition des chaleurs dans des délais assez aléatoires. Il est d'ailleurs conseillé de laisser passer une chaleur avant de remettre éventuellement la chienne en reproduction.
Une autre solution est la chirurgie. Le vétérinaire pratique une ovariectomie (ablation des ovaires) ou une ovario-hystérectomie (ablation des ovaires et de l'utérus). L'avantage de cette méthode est qu'elle est définitive. C'est aussi son principal inconvénient puisque ces chiennes sont définitivement retirées de la reproduction. Les autres inconvénients sont l'apparition de surcharge pondérale et l'incontinence urinaire. Les chiennes de chasse étant par définition sportives, le risque d'embonpoint est, en général, facile à gérer. L'incontinence urinaire est plus rare et nous disposons aujourd'hui de médicaments qui permettent de pallier cet éventuel inconvénient.

Interrompre la gestation
Si, malgré tout, vous êtes parti à la chasse avec votre chienne en chaleur et qu'en fin de battue on vous annonce que votre chienne n'a pas beaucoup chassé mais a été très occupée avec le chien de votre voisin, il ne vous restera plus qu'à interrompre la gestation. Cela est possible avec deux injections à vingt quatre heures d'intervalle entre le deuxième et le quarante cinquième jour de gestation. Sachant que toutes les saillies ne sont pas fécondantes, il est possible de temporiser et d'effectuer une échographie une trentaine de jours après la saillie. S'il n'y a pas de gestation, la chienne n'est plus en chaleur et peut continuer à chasser, si elle est gestante, il est encore temps d'effectuer ces injections abortives.
Dans tous les cas, la prévention est plus sure et il peut être utile d'aborder ce sujet avec votre vétérinaire lors de la consultation vaccinale.


Augustin BECQUEY
Docteur Vétérinaire