Créé en 1986 par l'Office National de la Chasse et de la faune sauvage (ONCFS), le réseau SAGIR est un réseau national de surveillance sanitaire de la faune sauvage. Son premier objectif est de surveiller la mortalité des animaux sauvages et d’en déterminer la cause. Il constitue un réseau d’alerte en cas de mortalité importante. Sa finalité est de mieux apprécier les risques pesant sur la santé des animaux sauvages afin de mieux les maîtriser par des mesures de gestion

LA MALADIE D'AUJESZKI

    Une étude réalisée dans le cadre du réseau SAGIR sur 7562 sangliers prélevés à la chasse entre 2000 et 2004, a montré qu'au niveau national, 6% des sangliers de plus d'un an sont porteurs du virus de la maladie d'Aujesky. Des régions comme la Corse, les départements du Nord-Est (les Ardennes, la Meurthe-et-Moselle, la Meuse), ont un taux nettement plus élevé. De 1997 à 2004, une vingtaine de cas ont été répertoriés chez les chiens de chasse.    
    La maladie d'Aujeszky est due à un herpès virus, non transmissible à l'homme ; elle affecte de nombreux mammifères et notamment les carnivores comme le chien et les porcs donc les sangliers.
    L'incubation est assez rapide puisqu'elle ne dure que de deux à six jours. Chez le chien, les symptômes seront assez marqués :
- modifications du comportement (apathie, inquiétude, agressivité),
- prurit intense (pratiquement systématique chez les chiens, pas toujours chez les chats), incoercible et concernant surtout sur la région de la tête,
- paralysie du pharynx entrainant de la salivation, une déglutition difficile voire impossible,
- parésie (difficultés à se déplacer) puis paraplégie en phase agonique.
    L'évolution se fait toujours vers la mort en un à deux jours. Seulement quelques cas de guérisons spontanées ont été décrits chez les chats.
    Ces symptômes font penser à la rage d'où l'appellation courante de « pseudo-rage ». Toutefois, les commémoratifs (chiens mangeant de la viande de porc crue), le prurit et la rapidité de la mort orienteront le diagnostic vers cette maladie. Il faudra aussi éliminer les hypothèses d'intoxication aux organochlorés ou organophosphorés (à l'origine de convulsions, de parésies, de salivations), les cas de botulisme ( difficultés à déglutir, parésie) et la maladie de Carré (symptômes nerveux).
    La rapidité de l'issue fatale rend inutile le dosage des anticorps (évolution trop brève pour laisser le temps à l'organisme de fabriquer des anticorps) ; le seul diagnostic de certitude sera donc post-mortem et se fera au laboratoire après prélèvement de la tête (ou la similitude des symptômes fait qu'on recherchera en même temps le virus de la rage).
    Il n'existe pas de traitement efficace contre cette maladie. Chez les porcs, les moyens préventifs seront la vaccination et les clôtures pour éviter les contacts entre sangliers potentiellement contaminants et les animaux de l'élevage. Chez le chien, il n'y a pas de vaccins disponibles actuellement sur le marché. Un vaccin inactivé destiné aux porcs a été utilisé avec un résultat intéressant mais n'est plus commercialisé actuellement.
    La contamination de nos chiens de chasse se fera par ingestion de viande de porc ou de sanglier crue. En effet, chez le porc, le virus va provoquer des symptômes très comparables mais si la mortalité est inéluctable pour les porcelets nouveaux-nés, elle n'est plus que de 30 à 40 % des sujets pour les porcelets de 15 jours à trois mois. Il y aura donc des animaux excréteurs de virus : les animaux guéris (excrétion pendant plus de six mois) et les animaux dits « porteurs sains » (immunisés par la vaccination ou par la maladie et ayant été ensuite en contact avec la maladie).
    Ce sont ces sangliers guéris ou « porteurs sains » qui seront le « réservoir » du virus de la maladie d'Aujeszki et qui présenteront un danger potentiel pour nos chiens de chasse. Ce risque est donc proportionnel à la prévalence de la maladie (moyenne nationale de 6% mais plus, voire beaucoup plus dans certains départements comme les Ardennes ) et à la densité des populations de sanglier.

Augustin BECQUEY - Docteur Vétérinaire